28-11-2022 Pierre naturelle

Pendant 5 ans, la « Route de la Pierre » étudiera la taille de pierre en Eurasie

Cette ambitieuse expédition scientifique menée dans 34 pays apportera une vision moderne et internationale du métier de tailleur de pierre.

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Quelle ambitieuse expédition scientifique, technique et sociale que celle menée par Orianne Pieragnolo et Louis Dutrieux ! Ces deux tailleurs de pierre se sont lancés à l'été 2022 dans un projet d'envergure qui suscite la curiosité de toute la profession : étudier la pratique de la taille de pierre en Eurasie au fil d'un long voyage en vélo, traversant pas moins de 34 pays. Rencontre avec deux amoureux de la pierre naturelle qui nous confient leurs premières impressions.


En savoir plus sur le métier tailleur de pierre

Une expédition inédite sur les pratiques de la taille de pierre

Elle a fondé cathédrales, châteaux, ponts et murailles : la taille de la pierre est une technique d'artisanat ancestrale sans laquelle notre patrimoine serait bien différent. Mais comment évolue-t-elle hors de nos frontières ? Quelles techniques sont utilisées ? Quelle est la place du tailleur de pierre dans d'autres sociétés ?

C'est pour découvrir tout cela qu'Orianne et Louis ont mis en place cette expédition scientifique de cinq ans dont les objectifs sont :

  • Rencontrer des tailleurs de pierre
  • Valoriser et faire reconnaître ce métier
  • Partager une image actuelle de la taille de pierre
  • Travailler dans des entreprises de taille de pierre
  • Rassembler des professionnels et passionnés

Au fil de cette « Route de la Pierre » se crée un regard international sur la taille de pierre moderne, qui enrichira les connaissances du secteur, notamment via la création d'une banque de données. Les professionnels de la pierre naturelle peuvent d'ores et déjà suivre l'avancée de cette expédition sur les réseaux sociaux Facebook, Instagram et LinkedIn en français et en anglais ou s'abonner au bulletin mensuel.

Pour produire les résultats les plus qualitatifs possibles, la « Route de la Pierre » compte sur le soutien des professionnels et curieux qui peuvent contribuer à la réussite de cette expédition en faisant un don.

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La genèse d'une expédition hors du commun


« Nous étions à Paris, c’était à l’automne 2016 et nous discutions alors beaucoup de l’avenir de notre métier, de sa représentation dans le paysage de la construction et de sa présence dans le monde. Par exemple, nous avions remarqué que dans nos formations, nous ne voyons que peu de formes ou de savoir-faire présents en dehors des frontières de l'Hexagone. Ces questions nous animaient beaucoup et étaient étroitement liées avec notre mode de vie itinérant, que nous avions déjà choisi depuis un certain temps. Nous y étions très attachés, car pour nous, il était devenu un stimulateur naturel de découvertes perpétuelles.

Alors, devant les quais du canal Saint-Martin, nous nous sommes serré la main. Une poignée de main qui fit office de signature de contrat informel. Quoi qu’il arrive, nous partirons, à vélo, travailler à travers le monde. »


L'itinéraire prévu pour l'expédition « Route de la Pierre »

Un début d'itinéraire déjà prometteur

« Depuis notre départ le 10 juillet 2022, nous avons visité 26 entreprises, 5 Bauhüttes (ateliers de cathédrale) et 3 carrières. Nous avons aussi recueilli près de 18 entretiens de tailleurs de pierre et de professionnels de la pierre en Allemagne et en Suisse.

Cela fait donc plus de trois mois que nous expérimentons donc notre méthodologie de terrain et de recherche. Mais aussi nous avons réussi à travailler un mois en Bavière chez un artisan tailleur de pierre. Au fur et à mesure, entre les rencontres du hasard et celles provoquées, un fil directeur se construit. Une personne nous mène à une autre et nous espérons bien que ce système puisse nous mener jusqu’en Chine.

C’est donc un itinéraire entrecoupé de périodes d’étude, de rencontres, de visites, d’écriture et de taille de pierre. Nous avançons selon les informations, le travail, le temps et la fatigue. Aujourd’hui, nous nous apprêtons à entrer en Autriche et réfléchissons à la rédaction d’un premier compte-rendu des pays alors traversés. C’est donc un début plutôt heureux pour nous, avec des objectifs, en grande partie, atteints. »


Orianne et Louis en Allemagne

Pas besoin d'aller loin pour découvrir les premières différences dans la pratique de la taille de pierre !

« Nous avons déjà remarqué quelques particularités qui ne semblent pas exister en France. En particulier sur le marché du funéraire en Allemagne. En France, les monuments funéraires sont majoritairement réalisés par les marbriers, alors qu'en Allemagne, ce sont les tailleurs de pierre qui occupent cette place.

Nous avons aussi vu que les tailleurs de pierre allemands gardent une identité et une culture encore fortes. Nous pensons que ceci est lié à l'existence des corporations, mais pas seulement. Des professionnels que nous avons rencontrés, libres de toute organisation de métier, portent aussi en eux ces valeurs. Comme par exemple, Martin Wiesenmayer, qui nous raconta un soir l'existence d’une chanson de tailleur de pierre vieille de 500 ans et d’une cérémonie d’adoubement de l’apprenti, qu’il pratique encore, appelée Freisprechung. Il nous expliqua que cette dernière symbolise par un rituel la liberté que l’apprenti vient d’acquérir en ayant atteint le terme de son apprentissage.

Ces premières expériences vécues nous ont permis de découvrir de nombreuses particularités. Nous sommes impatients de découvrir les prochains pays pour mettre en lien l’ensemble de nos observations, que ce soit à propos du travail des tailleurs de pierres ou de leur tradition, s’il en existe encore. »



Découverte d'un grès froid dans la carrière de Schwarzach en Autriche

Un projet à suivre sur les réseaux sociaux et qui espère susciter des vocations auprès des jeunes

« Le projet est une étude indépendante sur le métier de tailleur en Eurasie. C'est-à-dire que nous travaillons à l’élaboration d’un bilan de la profession dans plusieurs pays, par la réalisation de différents supports écrits et audiovisuels. Pour réaliser ce projet, nous nous devons donc de communiquer autour afin de toucher un auditoire plus large que celui du monde de la pierre. Nous ne voulons pas être présents sur les réseaux sociaux pour “influencer” mais pour partager, le plus objectivement possible, quelques-unes de nos observations. Nous désirons vraiment y être pour informer, même si notre mode de déplacement, qu’est le vélo, peut être confondu avec la notion de simple voyage.

Nous espérons faire découvrir le métier sous un autre angle que celui de portes ouvertes ou de stages. De montrer une image plus internationale qui parle certainement mieux à un jeune aujourd’hui. Qu’il puisse sentir qu’avec un tel métier, il peut être libre et y trouver dans ses nombreuses facettes, aussi bien pratique que théorique, une activité qui lui corresponde. En plus, au vu du regain d'intérêt actuel pour le matériau pierre, de par ses qualités écologiques et durables, l’ouverture sur un discours positif du métier et de ses usages pourrait être favorable à une émulation de vocations. »

Nul doute que ce magnifique projet sera suivi de près et soutenu par toute la communauté de la pierre naturelle. Souhaitons bonne route à Orianne et Louis !


© Crédits photos : la Route de la Pierre
 

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